News

Yves Coppens vu par ses pairs : “Sans lui, certaines missions auraient échappé à la France”

“Je savais qu’il était malade. J’avais eu l’occasion de le croiser, confie Henry de Lumley, une autre grande figure de la paléontologie française. Mais je me souviens avant tout d’un personnage curieux, bienveillant, encourageant les jeunes chercheurs, et porteur d’une vision unique et originale. Dans sa jeunesse, Yves Coppens avait suivi des cours d’art dramatique et fait un peu de théâtre. C’était à la fois un scientifique très rigoureux, et un vulgarisateur hors pair. Ces deux disciplines l’ont accompagnée toute sa vie”. Nicolas Teyssandier, préhistorien, chargé de recherche au CNRS, confirme : “Yves Coppens était un conteur au sens noble du terme : pour n’importe quel français, la préhistoire et l’évolution humaine, c’est lui !”  

Avec son sens de la vulgarisation, le scientifique d’origine bretonne s’était servi de Lucy, une australopithèque d’environ 3, 2 millions d’années, dont il avait découvert le squelette en Ethiopie en 1974, avec Maurice Taieb et Donald Johanson, pour expliquer son grand schéma. Un canevas grâce auquel on comprend de manière simple comment nous sommes passés du singe à l’homme. “Certes, sa théorie de l’East Side Story selon laquelle les grands singes de l’est de l’Afrique confrontés à la sécheresse seraient devenus bipèdes par nécessité, et qui met en scène la grande faille du Rift, avec des paysages arborés d’un côté et les grandes herbes de la savane de l’autre, ne fonctionne plus trop aujourd’hui. L’hominisation s’avère plus complexe que cela “, précise Nicolas Teyssandier. Au moins, Yves Coppens aura su donner quelques facteurs explicatifs, dans un domaine de recherche incompréhensible pour la plupart des gens.  

“Les chercheurs français et du monde entier lui doivent beaucoup. Il a su valoriser leurs recherches en les mettant à la portée du grand public et en montrant l’importance des découvertes”, estime Henry de Lumley. Son omniprésence dans les médias et les colloques internationaux lui vaudra quand même quelques critiques. “Yves Coppens c’est quand même à la base un spécialiste des éléphants, Ce n’est pas lui qui va décrire Lucy au niveau anatomique. C’est pourtant lui que l’histoire retiendra”, raconte un scientifique. “Il a toujours été ouvert aux nouvelles idées. Il prenait en compte tout ce qui avait été découvert, même des hypothèses contestées par certains. Il essayait de voir ce qu’il y avait de bon ou de vrai à l’intérieur”, explique Henry de Lumley. Dans ces multiples collaborations, il aura parfois servi de conseiller scientifique à des projets donnant une image erronée des pré-humains. Et lorsqu’il a été nommé au Collège de France, il est entré de fait dans une carrière médiatique. De quoi provoquer quelques jalousies. 

Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement

“Il a éveillé des vocations”

“Mais en dépit des critiques, Yves Coppens a suscité la curiosité, il a éveillé des vocations et servi notre discipline. Quand il présidait le conseil scientifique de Lascaux et qu’il y allait avec le président de la République ce n’était pas mauvais pour nous”, se souvient Nicolas Teyssandier. Certes, d’aucuns pensent qu’avec Lucy, il s’est trouvé au bon endroit au bon moment. “C’est oublier qu’il a arpenté longuement le continent africain. Il a fait des missions difficiles et n’a pas ménagé sa peine”, jugent plusieurs de ses pairs.  

Depuis Lucy, d’autres restes plus anciens ou plus complets ont été trouvés. Mais les 52 ossements trouvés en Ethiopie sur les bords de la rivière Awash continuent d’être scrutés de près. “J’ai vu passer récemment des travaux évoquant des traumatismes osseux qui pourraient correspondre à la chute d’un arbre et qui peut peut-être expliquer son décès”, raconte Nicolas Teyssandier. Avec les moyens dont ils disposent aujourd’hui – les scanners 3D notamment – les scientifiques découvriront peut-être de nouveaux indices sur la vie de notre lointaine cousine. “Une chose est sûre : sans Yves Coppens, certaines missions scientifiques nous auraient certainement échappé”, assure Nicolas Teyssandier. Le chercheur raconte l’histoire étonnante de ce crâne découvert en Mongolie dans les années 2000. D’abord en possession de clandestins, l’objet finit par se retrouver dans une yourte d’une personne éduquée. Celle-ci transmet l’objet à l’Académie des Sciences de Mongolie qui fait ensuite appel à Coppens.  

L’application L’Express

Pour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyez

Télécharger l'app

Télécharger l’app

La suite ? Le Breton se rend sur place, écrit un premier article avant que le crâne ne soit ensuite étudié longuement par d’autres chercheurs français. “Sans Yves Coppens, d’autres nations auraient récupéré l’objet pour l’étudier, c’était là sa force”, témoigne Nicolas Teyssandier. Sa disparition laissera certainement un grand vide. 


Opinions

La chronique de Christophe Donner

A l'instar de celui de Beyrouth en son temps, l'hippodrome de Kiev a été épargné.par Christophe Donner

Détours de France

Détour par Saint-André-de-Sangonis.Eric Chol

Tribune

La droite de gouvernement pourrait jouer un rôle majeur au service des Français, estime Jean-François Copé, ici le 9 mai 2017 à Paris.Jean-François Copé

La chronique de Sylvain Fort

Selon les manifestants, la campagne électorale est largement absente, moins de deux semaines après l'avertissement des experts climatiques de l'ONU et un mois avant l'élection présidentielle.Par Sylvain Fort

Reference-www.lexpress.fr

About the author

Rishabh Rajvanshi

A casual guy with no definite plans for the day, he enjoys life to the fullest. A tech geek and coder, he also likes to hack apart hardware. He has a big passion for Linux, open source, gaming, and blogging. He believes that the world is an awesome place and we’re here to enjoy it! He’s currently the youngest member of the team. [email protected]

Add Comment

Click here to post a comment