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Yves Coppens, compagnon de route de Sciences et Avenir – Sciences et Avenir

Il était une présence, une voix à la fois grave et retenue, un sourire, et – surtout – il arborait cette petite étincelle de malice dans les yeux qui le rendait unique. Yves Coppens, paléoanthropologue, professeur honoraire au Collège de France, était en effet bien plus qu’un scientifique hors pair, rendu célèbre par sa co-découverte en 1974 de la non moins célèbre Lucy, l’australopithèque devenue symbole de la naissance de notre humanité. Il était une personnalité chaleureuse, aimant à rire, amoureux des êtres et de la vie. Rien de ce qui était humain ne lui était vraiment étranger.

Yves Coppens, “citoyen du monde”

Tout au long de sa riche carrière, qui le fit passer des menhirs adorés de sa Bretagne natale à l’Afrique rêvée, en arpentant presque toutes les régions du monde, il fit moisson de découvertes, étudiant des milliers de fossiles… Mais il fit aussi son miel de cette aventure humaine peu commune, disant souffrir “d’exotite”, cette passion pour le voyage. La mémoire, insondable de celui qui se voulait “citoyen du monde” – et dont l’une des grandes découvertes figure même dans la Constitution du Tchad – n’était pas uniquement composée de connaissances historiques, techniques ou scientifiques dans le domaine dans lequel il excellait : la paléontologie. Elle était également ouverte aux autres disciplines (ethnologie, linguistique, biologie…) qu’il savait rendre accessibles par une foule d’anecdotes et qu’il racontait avec gourmandise.

L’écouter était un régal. Car Yves Coppens avait une qualité rare : il était un grand passeur de sciences, de ceux qui savent transmettre, humblement, leur immense savoir à tous. Voilà pourquoi Yves Coppens, qui aimait à rappeler son surnom enfantin de “Coco le fossile”, était depuis de très longues années un compagnon de route de Sciences et Avenir et La Recherche. Disons même un ami. Il fut pour les journalistes de la rédaction – au premier rang desquels nos spécialistes Rachel Mulot et Bernadette Arnaud – un interlocuteur privilégié avec qui nous avons, à maintes reprises, pu offrir à nos lecteurs la grande et la petite histoire de l’humanité. Son portrait fut à plusieurs reprises présent sur nos couvertures comme celle de “la Grande Odyssée” (2003) où il posait avec l’astrophysicien Hubert Reeves, cet autre grand amoureux des sciences. Tout récemment encore, il nous avait ouvert son carnet de balades dans sa Bretagne préhistorique (juillet-août 2021).

Attaché à transmettre sa passion, il avait aussi accepté d’être le parrain de nos Croisières du Savoir. Pendant une dizaine d’années, il a ainsi accompagné nos lecteurs dans ces périples maritimes ou terrestres, pour raconter la « Nouvelle histoire de l’Homme » en Méditerranée, les « Scenarios du futur » en mer Arctique ou encore les « Routes du Levant » entre Italie, Grèce et Turquie. De nombreux scientifiques firent ces expéditions sous son joyeux parrainage, comme le médecin légiste et paléoanthropologue Philippe Charlier, l’astronaute Jean-Michel Clervoy, le philosophe Michel Serres, le mathématicien Cédric Villani ou encore l’astrophysicienne Catherine Cesarsky. Et bien d’autres encore.

Conteur de science, homme d’esprit et de coeur

Yves Coppens réjouissait le public de ses conférences érudites et drôles, rapportant avec la même simplicité touchante aussi bien les raisons de son amour immodéré pour les proboscidiens, ces “grosses bêtes sur lesquelles (il avait) sauté” – éléphants et mammouths – que ses théories sur l’adaptation de l’humain aux changements climatiques. Partisan d’une science en marche, il acceptait les polémiques et savait remettre ses réflexions en question, même lorsqu’elles étaient invalidées comme sa théorie de « l’East side strory » qui voulait que l’humain soit né à l’est du rift africain. Il appréciait par-dessus tout les échanges avec chacun et était même, ces dernières années, monté sur les planches pour démocratiser encore son savoir.

Fatigué mais vaillant, il y donnait encore en avril dernier, au théâtre de la Huchette, à Paris, un “seul en scène” intitulé – bien sûr – « La ruée vers l’os ». Yves Coppens était également l’auteur d’une trentaine d’ouvrages de vulgarisation scientifique qui connurent un très large succès public comme « Le genou de Lucy » (Odile Jacob), « Le singe, l’Afrique et l’Homme » (Fayard) ou encore « Histoire de l’homme et changements climatiques » (Collège de France). Il avait d’ailleurs accordé à notre journaliste Rachel Mulot son ultime interview lors de la parution du dernier d’entre eux « Une mémoire de mammouth » (Odile Jacob) (lien). A son très grand regret, son état de santé ne lui avait pas permis de participer à la 11e Croisière du savoir en Islande et Norvège en mai dernier mais il avait tenu à envoyer un message d’amitié à tous les participants qu’ils considéraient comme ses pairs en curiosité. C’est donc avec une immense tristesse que l’ensemble des lecteurs ainsi que la rédaction de Sciences et Avenir – La Recherche dit adieu – et surtout merci – à ce très grand conteur de science, homme d’esprit et de cœur.

Reference-www.sciencesetavenir.fr

About the author

Rishabh Rajvanshi

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