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Finale de Top 14 : ancien « club de mercenaires » du rugby, Montpellier s’est réinventé

Quatre ans après, l’affiche est la même mais les visages ont bien changé. Comme en 2018, Montpellier retrouve Castres en finale du Top 14, vendredi 24 juin, avec l’objectif de décrocher le premier bouclier de Brennus de son histoire. Reste que les Tarnais encore présents dans le club risquent d’avoir du mal à reconnaître l’équipe qu’ils ont à l’époque assez largement battue (29-13) au Stade de France.

Que ce soit le mistral ou la tramontane, un vent de changement a en effet soufflé fort dans l’Hérault entre-temps. Après avoir empilé les stars dans leur effectif, les dirigeants de Montpellier ont revu leur plan pour apporter une nouvelle dynamique au club. Paradoxalement, le symbole de ce renouveau est un joueur qui, au moment de son arrivée, avait déjà l’essentiel de sa carrière professionnelle dans le rétroviseur : Guilhem Guirado.

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A 33 ans (il en a 36 aujourd’hui), le talonneur international (74 sélections) débarquait directement du Japon après avoir étrenné pour les dernières fois ses galons de capitaine avec les Bleus lors de la Coupe du monde 2019. « Cette arrivée a sonné comme un petit air de fin de carrière, mais il était encore prêt à jouer au plus haut niveau », rappelle Julien Tomas, alors dans le staff du Montpellier Hérault Rugby (MHR) après avoir passé une bonne partie de sa carrière à défendre le maillot des Cistes (entre 2004 et 2013 puis de 2018 à 2019).

Avec lui, Guilhem Guirado a façonné son image de « capitaine courage » cultivée bien contre son gré au fil des désillusions qu’ont subies les Bleus lors de la dernière décennie. « Il a tout porté sur ses épaules pendant des années », confirme l’ancien trois-quarts centre Maxime Mermoz, aujourd’hui consultant pour BeIN Sports et qui connaît bien Guirado pour l’avoir côtoyé à Perpignan, Toulon et en équipe de France.

La mode sud-africaine

Une aubaine pour Montpellier, qui faisait alors figure « d’un club un peu de mercenaires », se souvient Julien Tomas. Cette signature, conjuguée à celle d’autres Français prêts à jouer les premiers rôles immédiatement (Anthony Bouthier en 2019, Vincent Rattez en 2020…), est venue mettre définitivement un terme à la politique mise en place par le président Mohed Altrad, à la tête du club depuis 2011.

Guilhem Guirado avec les supporters du MHR après la demi-finale de Top 14 remportée face à Bordeaux.

Désireux de gagner, et gagner vite, l’homme d’affaires milliardaire décide de s’inspirer du modèle toulonnais, référence absolue en Europe au début des années 2010 grâce à des stars comme le Britannique Jonny Wilkinson. Il engage, en 2014, Jake White, le sélectionneur de l’Afrique du Sud lors de la victoire des Springboks au Mondial 2007. L’entraîneur ne vient pas seul : il emporte dans ses valises des joueurs sud-africains venus chaque année en masse dans le sud de la France, et ce, même après le départ du technicien en 2017.

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Mais l’équipe ne prend pas. Pendant que Guilhem Guirado multiplie les finales et remporte la Coupe d’Europe en 2015 avec Toulon, les Montpelliérains enchaînent les saisons sans saveur et surtout sans titre. Seule une Challenge Cup – la petite sœur de la Champions Cup, la « grande » Coupe d’Europe – en 2016 récompense un groupe secoué par les polémiques.

Le maintien pour souder le groupe

En 2017, six joueurs accusent par exemple la direction d’avoir attendu le barbecue de fin de saison pour leur signifier que le club ne les gardait pas. Le même jour, le talonneur Charles Géli s’emporte dans les colonnes du Midi olympique. « Soixante-dix pour cent du groupe ne parle pas ma langue et les mecs qui sont là depuis deux ans esquissent à peine deux mots de français. J’aurais dû aller jouer à l’étranger, j’aurais su pourquoi c’était à moi de m’adapter ! »

Depuis, les choses ont donc changé. Mais non sans mal. Arrivé en 2019, l’entraîneur Xavier Garbajosa connaît les pires difficultés à faire jouer son équipe. « Il est arrivé avec un projet de jeu ambitieux, très aéré. Mais ça n’a pas pris car il avait encore l’effectif des anciens coachs, qui pratiquaient un jeu plus fermé », décrit Julien Tomas. Résultat, Garbajosa a été démis de ses fonctions en 2021 et alors que le MHR rêvait de phases finales, il a dû finir la saison en se battant pour le maintien.

Un mal pour un bien selon Maxime Mermoz. « Au pied du mur, l’équipe a réussi à réagir. C’est le genre de moments qui soudent un groupe. » Avec Guilhem Guirado en capitaine, les Héraultais sauvent leur place dans l’élite et poussent l’euphorie jusqu’à décrocher une deuxième Challenge Cup en fin de saison face aux Anglais de Leicester.

« Se faire entendre dès le coup d’envoi »

Après être retombés dans leurs travers au début du Top 14 cuvée 2021-2022, les Montpelliérains ont malgré tout trouvé un nouvel élan cette saison sous la houlette de Philippe Saint-André. « Des efforts ont été faits en amont, le club a retrouvé son ADN, se réjouit Julien Tomas. Avant, le club se fichait de la formation, chaque problème était compensé par un recrutement. » Grâce notamment à une série de huit victoires consécutives entre octobre 2021 et février 2022, les Cistes ont confortablement pris leurs quartiers en haut du classement, pour finalement terminer à la deuxième place puis se défaire de Bordeaux en demi-finale (19-10).

« Quand je regarde l’effectif, je vois une équipe pleine de leaders et ça change du passé, constate Maxime Mermoz. Quelqu’un comme Guirado ne va pas beaucoup parler, mais il va montrer l’exemple. » Ça tombe bien, le MHR préfère avancer caché et laisser les feux des projecteurs à d’autres clubs. « Peut-être que moins de personnes parlent en bien de Montpellier mais ce n’est pas grave. Le plus important est de se faire entendre dès le coup d’envoi », rappelait d’ailleurs le talonneur lors de la conférence de presse d’avant demi-finale.

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En attendant la finale, l’avenir se prépare déjà du côté de Montpellier, avec toujours la même politique. Le recrutement de pépites françaises comme le demi d’ouverture Louis Carbonel (23 ans) ou le demi de mêlée Léo Coly (22 ans) va dans ce sens – en permettant également de respecter le quota de « JIFF » (joueurs issus de la formation française), mis en place par la Ligue nationale de rugby. Mais il faudra faire sans Guilhem Guirado : seize ans après ses débuts dans le monde professionnel, le talonneur a prolongé le plaisir jusqu’au bout mais tirera sa révérence à l’issue de la saison.



Reference-www.lemonde.fr

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Rishabh Rajvanshi

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