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Condamnations internationales et ouverture d’une enquête après les violences lors des funérailles de la journaliste Shireen Abu Akleh en Israël

La violence des images a choqué la communauté internationale. Plusieurs responsables internationaux ont dénoncé l’intervention de la police israélienne vendredi 13 mai aux funérailles, à Jérusalem, de Shireen Abu Akleh, le cercueil de la journaliste palestinienne ayant failli tomber à terre après les coups de matraque contre les porteurs.

La police israélienne a annoncé samedi qu’elle allait ouvrir une enquête. « Le commissaire de la police israélienne, en coordination avec le ministre de la sécurité publique, a ordonné une enquête sur l’incident. Les conclusions de l’enquête seront présentées au commissaire dans les prochains jours », a expliqué la police dans un communiqué.

Des milliers de Palestiniens participaient vendredi aux obsèques de la journaliste américano-palestinienne d’Al-Jazira, convaincus qu’elle a été tuée par un tir de l’armée israélienne, durant un raid à Jénine (nord de la Cisjordanie), le 11 mai. Alors qu’elle portait un gilet pare-balles siglé « presse » et un casque de reportage pour couvrir un raid militaire israélien en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, elle a été tuée d’une balle dans la tête.

« Comportement disproportionné »

A la sortie du cercueil de l’hôpital Saint-Joseph à Jérusalem-Est, secteur palestinien de la ville également occupée par Israël, la police israélienne a fait irruption dans l’enceinte de l’établissement et chargé la foule brandissant des drapeaux palestiniens. Les policiers ont chargé ceux qui se sont rassemblés dans la cour de l’hôpital, ont poussé contre un mur les hommes qui s’étaient saisis du cercueil et qui avançaient vers les grilles, vers la rue. Les forces de l’ordre se sont ensuite acharnées sur deux des porteurs. L’un d’eux a reçu au moins dix coups de matraque dans les côtes et sur l’épaule, un coup de pied aux fesses, et a fini par s’écrouler. Le cercueil a basculé, en direct devant les caméras, mais sans tomber.

Quatorze personnes ont été blessées, dont trois touchées à la tête par des balles de métal cerclées de caoutchouc. Toutes étaient rentrées chez elles en fin de journée.

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« Nous avons été profondément troublés par les images de l’intrusion de la police israélienne au sein du cortège funéraire », a dit le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken. L’Union européenne a condamné « l’usage disproportionné de la force et le comportement irrespectueux de la police israélienne à l’encontre des participants au cortège funèbre », selon son chef de la diplomatie, Josep Borrell.

« Consternée par la violence dans l’enceinte de l’hôpital Saint-Joseph et par le niveau de force inutile exercée par la police israélienne tout au long du cortège funèbre », avait tweeté, un peu plus tôt, la délégation de l’UE auprès des Palestiniens, selon qui ce « comportement aussi disproportionné ne fait qu’alimenter les tensions ».

La représentation française à Jérusalem a jugé « profondément choquantes » les « violences policières » à l’hôpital Saint-Joseph, alors que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « profondément troublé ». Dans un communiqué, le ministère des affaires étrangères qatari a affirmé que « les forces d’occupation ne se sont pas contentées de tuer Shireen (…), mais elles ont terrorisé ceux qui l’ont accompagnée vers sa dernière demeure ».

La charge de la police israélienne rappelle douloureusement les sombres heures de l’apartheid en Afrique du Sud, a également dénoncé la Fondation pour l’héritage de l’archevêque Desmond Tutu dans un communiqué samedi. Ces scènes, où l’on voit les forces de sécurité israéliennes matraquer les porteurs du cercueil, « font froid dans le dos, rappelant la brutalité infligée aux personnes endeuillées lors de funérailles de militants contre l’apartheid », a affirmé Mamphela Ramphele, présidente de la fondation, regrettant « la violence, le sentiment de haine et le mépris de la dignité humaine » affichés.

« Comme nous l’a appris l’archevêque Tutu », prix Nobel de la Paix, mort en décembre 2021 à 90 ans à l’issue d’une vie consacrée à la lutte contre le régime raciste puis à la nécessaire réconciliation des Sud-Africains, « les auteurs de violences et de violations des droits de l’homme peuvent penser qu’ils font avancer leurs objectifs, mais, en fait, ils sapent leur propre humanité et intégrité ». « La violence engendre la violence et la haine, qui engendrent encore plus de violence et de haine », avait plaidé Tutu auprès des Israéliens dans une tribune publiée par le journal Haaretz en 2014, rappelle le texte.

Condamnation du meurtre à l’ONU

« Si vous n’arrêtez pas ces chants nationalistes, nous devrons vous disperser en utilisant la force et nous empêcherons les funérailles d’avoir lieu », a déclaré dans un mégaphone un policier israélien en direction de la foule dans l’enceinte de l’hôpital Saint-Joseph, selon une vidéo diffusée par la police.

D’après un communiqué de la police, des « émeutiers ont empêché les membres de la famille de charger le cercueil dans un corbillard pour se rendre au cimetière, comme convenu avec la famille (…). La foule a refusé de remettre le cercueil dans le corbillard et la police est intervenue pour l’empêcher de le prendre. Durant l’émeute déclenchée par la foule, des bouteilles en verre et d’autres objets ont été jetés ». Le Croissant-Rouge palestinien a fait état de trente-trois blessés, et la police israélienne de six arrestations.

Après l’intervention de la police, la foule a accompagné le cercueil vers une église de la Vieille Ville où une messe a été prononcée, avant de se rendre au cimetière.

La mort de la journaliste a suscité une déclaration unanime du Conseil de sécurité de l’ONU, qui l’a « fermement condamnée ». Suscitée par les Etats-Unis, cette très rare position unanime du Conseil de sécurité sur un sujet concernant Israël réclame aussi « une enquête immédiate, approfondie, transparente et impartiale ».

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Origine du tir

L’Autorité palestinienne, Al-Jazira et le gouvernement du Qatar ont accusé l’armée israélienne d’avoir tué la journaliste de 51 ans. Israël, après avoir affirmé qu’elle avait « probablement » succombé à un tir palestinien, a ensuite dit ne pas écarter que la balle ait été tirée par ses soldats.

Selon un communiqué du bureau du procureur palestinien à Ramallah, en Cisjordanie, vendredi, « les premiers résultats de l’enquête ont montré que la seule origine du tir contre Shireen était les forces d’occupation » israéliennes. Avant lui, l’armée israélienne avait fait savoir qu’il n’était pas possible de déterminer dans l’immédiat l’origine du tir, qui pouvait aussi bien être palestinienne qu’israélienne.

Les autorités israéliennes réclament que leur soit remise la balle afin de réaliser un examen balistique. Elles ont proposé que des experts palestiniens et américains soient présents lors de l’examen, mais le président palestinien, Mahmoud Abbas, a refusé une enquête conjointe avec Israël : « Les autorités israéliennes ont commis ce crime et nous ne leur faisons pas confiance », a-t-il déclaré.

Les funérailles ont eu lieu sur fond de nouveaux heurts à Jénine et alentour, lors d’opérations de l’armée. Un policier israélien a été tué par des combattants palestiniens et treize Palestiniens ont été blessés. L’armée israélienne a lancé plusieurs opérations pour appréhender, selon elle, des Palestiniens recherchés dans le camp de réfugiés de Jénine, un bastion des factions armées palestiniennes d’où étaient originaires des auteurs d’attaques meurtrières ces derniers mois en Israël.

Le Monde avec AFP



Reference-www.lemonde.fr

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Rishabh Rajvanshi

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